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Doit-on avoir le BAC pour être cycliste ?

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Doit-on avoir le BAC pour être cycliste ?

Salut,

La réponse donnée par les parents à toutes les lubis d’adolescent est toujours la même: “passe ton BAC et après on verra”. Les sportifs en herbe n’y échappent pas ! J’ai eu la chance de passer mon BAC en “sport-étude”, puis mon BTS de la même manière. Au final, j’ai un BTS et j’ai été cycliste professionnel. En quoi mon BTS m’a servie pour être cycliste?

Je suis entrée au “sport-étude” de “Lorient Bretagne Sud” lors de ma deuxième seconde. Oui, j’ai “retapé” et j’assume. D’ailleurs, je dois vous dire que ce fut plus une chance qu’un échec. En effet, à l’époque de ma première seconde je voulais m’orienter vers le dessin industriel. L’équation de la réflexion était simple, j’aimais le dessin, j’aimais le vélo et l’univers matériel qui en découlais. Du coup, avec les copains nous passions plus de temps à dessiner des vélos sur bancs d’école qu’à écouter les profs. Une réflexion bien trop court-termiste qui m’a amené à redoubler.

Je reprends donc mon histoire, je suis en sport-etude lors de ma deuxième seconde. Le principe était simple, mon établissement scolaire avait signé une convention avec la section “sport-étude” afin d’aménager mon emploi du temps en fonction des événements sportifs. La réalité était bien autre. Puisqu’il me fallait rattraper les cours, seul, à la maison. Je n’ai jamais abusé de cet aménagement. Finalement, le fait de savoir que mon planning était aligné à mes objectifs sportifs m’avait rebooster l’envie d’apprendre. Avec un système bien fait, je repartais dans un cercle vertueux qui me faisait progresser sur la selle et sur les bancs d’école.

Le lycée et les courses juniors, ne sont fondamentalement pas si opposés puisque la fédération, les comités régionaux et départementaux ont suffisamment bien ficelé les règlements pour brider les excès d’orgueils des coureurs, entourages et autres en-cadrants. En junior, c’est la dernière catégorie jeune où les braquets sont limités à un certain développement. Où le nombre de jour de course hebdomadaire est limité. Je pense que le nombre de juniors qui terminent l’année avec plus de 10 000 au compteur est rare. N’oublions pas que même les courses fédérales et internationales ont des kilométrages entre 100 et 120 kilomètres, que les courses par étapes font rarement plus de deux jours. La charge d’entrainement nécessaire est donc raisonnable et accessible.

Finalement, la répartition du volume horaire d’entrainement d’un junior est assez simple et totalement compatible avec les études. Si l’on prend comme exemple, une sortie de récupération le lundi d’une heure-une heure trente. Une sortie de spécifique entre le mardi et le jeudi d’une heure-une heure trente. Une sortie de fond le mercredi de trois-quatre heures. Enfin, une sortie d’une heure-une heure trente de déblocage le samedi. Si l’on considère que pour un adolescent lambda ces heures sont, en moyenne, passées devant la console, pourquoi ne pas les utiliser pour quelque chose de plus utile ou constructif? Comme le sport.

Je me suis tellement plu dans mon “sport-etude” que j’ai finalement eu mon BAC avec mention. Puis, je l’ai continué en BTS. On avait vraiment une bonne émulation sportive dans ce groupe qui a plutôt bien réussis: Yann Guyot, devenu champion de France élite 2 et cycliste professionnel dans l’équipe cycliste de l’armée de terre ou encore Laurent Pichon, devenu cycliste professionnel un après moi dans la même formation: Bretagne Schuller.

En juillet 2008, alors âgé de 20 ans, je reçois mes résultats d’examen et je suis appelé par Joel Blévin, alors manager de l’équipe Bretagne-Schuller, la même semaine. Il m’apprend, lors de cet appel, que je vais compléter l’effectif de fin de saison sur les épreuves professionnelles! Je suis alors envahie d’une joie énorme avec un fond de sensation d’accomplissement. J’ai fait beaucoup de concessions et de sacrifices lors de mon adolescence, privilégiant étude et sport aux sorties et aux amis, pour toucher du doigt cet objectif. Et à ce moment-là, j’y suis.

Se succéderont alors quatre mois d’attente, ponctués par des courses d’une envergure que je ne soupçonnais pas. La naïveté de ma jeunesse et mes rêves d’enfant m’ont permis de découvrir cet univers professionnel avec des étoiles dans les yeux et, parfois, je dois le dire, le ventre tordu. J’ai eu la chance d’intégrer une équipe formidable à l’écoute de la jeunesse. Je devais me préparer à ne plus mener deux combats à la fois. Même si je voulais m’inscrire en licence, passer professionnel était synonyme pour moi de choix entre étude et sport, je ne pourrais plus mener ces deux projets de front.

Fin octobre 2018, je monte donc à Lannion, dans les bureaux de Joel Blévin. Je m’apprête à signer mon premier contrat de cycliste professionnel la semaine de mon anniversaire. Un timing si parfait qu’il m’est facile de m’en rappeler plus de 10 ans après, à se demander s’il avait fait exprès ! Bien qu’il n’en soit rien, il est commun que les néo-pros soit annoncé fin octobre.

Alors, à la question “faut-il avoir le BAC pour être cycliste professionnel?”. Je vous répondrais que, bien entendu, pour écraser les pédales, faire preuve de ténacité et d’abnégation, répondre aux besoins de l’équipe et suivre les consignes des directeurs sportifs et entraineur, aucun BAC ne vous prépare à cela. Mais les études, on fait pour ma part, parti de l’équilibre qui m’a amené à devenir cycliste professionnel. Dans les études, comme dans le sport, on est couvé par le système, protégé par “nos pères”. La vie active, c’est la guerre, il faut faire sa place tous les jours. On y laisse des forces, de l’énergie et on y emmagasine du stress, autant d’obstacles qui mettent des freins à un projet de sportif professionnel. Mais, ça, j’ai eu la chance de le découvrir après, en prenant progressivement mon envole.

Aujourd’hui, en “bon actif”, je regarde mon cv et je n’ai pas à rougir de ma formation initiale. Un BAC+2, certes ça ne vaut en rien un BAC+5, une école de commerce ou une quelque grande école que ce soit. Mais, ce goût pour l’apprentissage et l’organisation, que m’a procuré le “sport-etude”, me permet de me former et d’apprendre quotidiennement. Bien malin celui qui, en 2008, aurait prédit que je serais un jour capable de coder une application web pour suivre mon activité sportive comme feezify:me ou encore, que j’aurais entrepris la création d’un magasin de vélo. Dans la vie, comme dans le sport, c’est en faisant qu’on apprend, qu’on repousse ses limites et qu’on se donne des objectifs, mais le sport est une excellente école de la vie.

Bonne route !

- Nicolas

Nicolas Jouanno
Nicolas Jouanno Chef de projet web-marketing @izir.fr (ex-cycliste professionnel) - Quand je ne suis pas avec ma famille, je passe mon temps à faire du sport, photographier, blogger, coder, apprendre ...